La vie cubaine est un long fleuve tranquille

Tout commence par un coup de cœur…

Lorsque je vous parlais de La Havane, j’ai mentionné le fait que mon premier voyage en a entraîné une multitude d’autres. Partie pour vivre l’expérience d’un voyage en solitaire, je suis tombée en amour pour l’île et ses habitants, une vie cubaine que j’ai pu découvrir en immersion.

C’est lorsque je pose les pieds à Varadero, pour profiter du farniente sur les plages aromatisées aux cocktails, que mes vacances prennent une tournure toute autre. Je rencontre des touristes, accompagnés de cubains, puis en rencontre d’autres, et me lie d’amitié avec cette bande. Après plusieurs jours parfaits au soleil, à échanger de tout et rien avec ces nouveaux comparses, mon séjour prend fin.

Retour à Paris, puis au travail, et je vis le contrecoup comme une claque en pleine tête. Je me questionnais depuis quelque temps déjà sur mon avenir dans mon boulot, et la réponse sonne tout de suite comme un son de cloche révélateur de mon mal-être. Je quitte mon travail, et retourne à Cuba pour un temps indéfini, qui durera finalement un mois et demi. Mes six prochains allers-retours (merci papa pilote !) seront entrecoupés de semaines en France pour retrouver un travail. Ces parenthèses de vie cubaine sont une bouffée de bien-être à ce moment de ma vie.

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Plongée dans la vie cubaine…

Au-delà de ces journées d’inaction, ces périodes à Cuba m’ont permis de faire pleinement partie de la vie cubaine. Depuis mon premier séjour, j’étais à chaque fois hébergé dans la même famille. Un lien s’est évidemment créé, ils m’accueillaient et prenaient soin de moi comme leur fille. Passer de Paris, seule, à ces moments fraternels faisaient chaud au cœur. L’aspect humain de l’île est frappant. Les habitants ne vivent pas de grand chose, sont nourris par l’espoir d’un avenir meilleur tout en restant terre à terre quant à leur situation. Ils privilégient ainsi leurs relations avec autrui, la famille étant le pilier de chacune de leur vie. L’entraide mutuelle est également belle à observer ; chaque village connait la plupart de ses résidents, et personne n’hésite à aider l’autre si besoin. A Cuba, les supermarchés n’offrent que très peu de choses ; biscuits, lait, boissons, conserves, et c’est à peu près tout. Pour se fournir en viande, poisson ou fruits et légumes, pas d’autres choix que de s’arranger avec la voisine d’à-côté qui cultive son propre potager (c’est illégal) ou avec le voisin d’en face qui vend son poisson pêché le matin-même (tiens, c’est illégal aussi). La débrouille comme habitude de la vie cubaine.

Lors de mon premier passage à Cuba, j’avais encore mes yeux de touristes qui s’imprégnaient de l’ambiance chaude et festoyante. C’est au fil de mes séjours que j’ai pu avoir une vision plus concrète de la réalité. En parlant avec les locaux et ma « nouvelle famille », le discours est unanime : tous souffrent de ce manque de liberté. Tout est contrôlé et sujet à controverse. C’est aussi stupéfiant de voir que les locaux sont davantage surveillés que les étrangers. Par exemple, pour rentrer en boîte de nuit (oui, ma dignité s’est perdue un moment), les cubains ont le devoir de montrer leur identité, alors que les touristes peuvent rentrer en toute quiétude. Aussi, un cubain ayant une relation avec une étrangère (sans surprise, il y en a un paquet), peut se faire emmener par la police s’il est aperçu montrer un signe d’affection physique à son égard dans la rue.

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… Pour appréhender leur réalité

Mais la plus grosse souffrance des cubains, est bel et bien le manque de liberté. Ils ont passé leur vie à rêver de l’horizon, s’en faisant une image grâce à la télévision et les journaux, qui leur montrent seulement ce qu’ils veulent, la censure étant présente sur tous les fronts. Puisque le seul moyen de sortir de l’île est d’épouser un(e) touriste, beaucoup de mariages blancs sont célébrés, pas toujours à la connaissance du premier intéressé. Car oui, difficile lorsque l’on établit une relation avec un cubain, de savoir réellement s’il s’agit d’un amour véritable ou d’une opportunité d’évasion. Pour quitter le territoire, il y a aussi la possibilité de se faire inviter par un étranger, et ce grâce à une multitude de démarches administratives. Finalement très peu de cubains ont pu en bénéficier, puisque le gouvernement décide à la tête du client voire selon son humeur du jour, si oui ou non cette personne mérite de sortir. On se plaint en permanence de l’administration française, mais à Cuba la notion de non-efficacité prend tout son sens. Donc ceux qui parviendront à se faire inviter, devront patienter plusieurs mois, voire années. A titre d’exemple, une amie canadienne rencontrée là-bas, a épousé un cubain, ont eu un enfant, et malgré cela, il fallut attendre deux ans pour qu’il parvienne à obtenir un visa canadien. Donc jugez plutôt, cette question d’assignation à résidence est loin d’être un mythe.

Et que dire des études ? L’éducation est très importante à Cuba, tout comme les études supérieures, alors que rares sont ceux qui obtiennent une vie professionnelle aisée par la suite. Que vous soyez médecin, ingénieur ou ouvrier, votre salaire sera sensiblement le même. Si le communisme offre un peuple sans clivage, c’est la richesse personnelle qui pousse les enfants et adolescents à aller à l’école. Mais évidemment beaucoup renonce à « cette perte de temps » et cumule les petits boulots dès leur jeune âge pour subvenir aux besoins de leur famille. J’ai rencontré un cubain, qui a fait une école d’art à Cuba, mais qui ne peut pas vivre de son diplôme. En effet, il n’a pas assez d’argent pour s’acheter de la glaise pour sculpter, et n’a aucunement envie de vendre des tableaux sans originalité à cause de la censure. Résultat, il travaille dans un bar. Cuba, cette île pleine de personnes intelligentes mais qui ne pourront pas user de leur cerveau pour vivre convenablement. Gâchis.

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Ah, ces fameuses parties de domino !

La communication est également un problème. Quand j’étais en France, impossible de pouvoir échanger avec ma famille cubaine. Lorsque la distance est longue entre deux personnes, n’importe qui échangerait par Skype, Facebook ou tout autre moyen de communication. A Cuba, très peu de foyers possèdent internet, seuls les plus aisés, et le débit est pire que long. Certains cybers proposent internet, mais les cubains ne roulant pas sur l’or, dépensent rarement pour ce service. Et le téléphone évidemment, ça se paye aussi. Le seul moyen pour échanger un tant soit peu lorsque j’étais en France avec un ami devenu proche, ou ma famille lointaine, était de mettre du crédit sur leur téléphone, pour qu’on puisse s’envoyer quelques nouvelles par sms.

Après quasiment un an à faire des allers-retours à Cuba, j’ai retrouvé un travail à Paris. Je ne pouvais évidemment pas continuer ainsi ma vie en transit. Il était temps de retourner à la réalité, la page se devait d’être tournée. Je garde de cette parenthèse cubaine, plus qu’un souvenir, une expérience très riche. Voir au-delà de mon petit monde, vivre telle une cubaine, avec une nouvelle famille dont l’amour et le partage sont les clés de leur vie. La réadaptation au métro-boulot-dodo fut loin d’être aisée, cette lente vie cubaine paraissait déjà loin, mais je garde toujours un petit bout de cette famille en moi. Ce fragment d’eux qui me rappelle lorsque je prend certaines choses trop au sérieux, que l’important réside dans une unique chose essentielle : être entourée d’une famille aimante.

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