Room, s’affranchir des murs

Avec Room, s’évader est une notion qui prend ici son sens premier. La relation mère-fils est fusionnelle et seul moteur à la survie, à l’évasion d’une captivité. D’après l’histoire d’Elisabeth Fritzl, le réalisateur Lenny Abrahamson met en lumière cette séquestration de plus de sept ans.

Spoiler alert ! Si vous n’avez pas vu ce film, vous risquez d’en savoir un peu trop à la fin de cette revue.

The escape room

Dès les premières images de Room, on se sent à l’étroit entre ces quatre murs. Ici pas question de voyager. Des détails, objets du quotidien, tous réunis dans ces 8 mètres carrés, ont un sentiment d’étouffement. Puis Jack, 5 ans, surgit à l’écran pour l’inonder de lumière. Jack, qui depuis ces cinq longues années, n’a vu que l’intérieur de cette chambre étriquée. « Le dehors » comme il le surnomme appartient à la magie et à l’impossible. Sa seule vision sur le monde réside dans cette télévision brassant des images de cartoon et de programmes en tous genres. Son évolution d’enfant dans cet étrange univers confiné ne semble évidemment que peu l’affecter puisqu’il s’agit de sa seule connaissance du monde.

Pour Ma, sa seule colocataire et surtout maman, le point de vue est tout autre. Après avoir vu plus de seize ans ce dehors bien vivant, le basculement vers ce sas inerte est un inconnu qu’elle n’aurait jamais souhaité découvrir. Après deux années avec comme seule fenêtre sur le monde son ravisseur, lui offrant des visites douloureuses, naît le fruit de cet enfer, Jack. Cette vie devenue apathique et sans but se voit offrir un petit garçon plein de vie. Son amour maternel inconditionné la poussera à prendre enfin des risques pour donner la chance à son fils de connaître l’extérieur. La volonté de retrouver une liberté perdue, une renaissance pour Jack et elle.

Room-02

Cette première partie confinée dans la Room redonne la définition du huit-clos ; on est oppressé, mal, avec pour seule envie celle d’en sortir. La sensation d’empathie en est d’autant plus renforcée. On observe avec mal-être le quotidien de Ma et Jack, une sorte de jour sans fin, où les seuls instants de grâce sont dus à la gaieté du petit garçon.

Lorsque Ma trouve la ruse pour faire sortir son fils de la Room, la possibilité de liberté se concrétise, puis aboutit. Jack est dehors, il le découvre de ses grands yeux en observant le ciel sur un écran plus large que celui de son velux. Entre émerveillement et oppression face à la grandeur, il parvient à s’échapper de son ravisseur. Ma est ensuite retrouvée. Le petit protégé devient le sauveur.

Cette seconde partie offre ainsi de l’espace aux personnages, espace qu’ils doivent apprendre à apprivoiser. Surtout Jack, qui n’a jamais vu plus loin que sa chambre-prison. Descendre un escalier, manger de vrais aliments, voir des gens, parler avec eux, etc, tant de choses pourtant anodines qui lui sont totalement inconnues. Pour Ma aussi il faut tout réapprendre. Après sept ans, se réadapter dans le monde, et surtout sa famille. Cette maison et ses parents qu’elle aime tant, comment rétablir le contact après avoir vécu l’isolement ? Le père aura d’ailleurs bien du mal à accepter Jack, fruit illégitime de sa fille, et conçu dans l’horreur. Dommage que cet aspect de l’histoire soit survolé, on l’aborde seulement quelques minutes pour ne plus y revenir.

Room-Larson-Tremblay

L’emprise des médias, toujours avide de faits divers et d’exposition de l’infâme, est elle aussi intéressante. Ma, contrainte de participer à une interview pour financer son procès, devra subir les questions malsaines voire moralisatrices d’une journaliste en quête d’un sujet tire-larmes. Ici également la question des médias n’est pas traitée en profondeur. Mais tellement de pistes de réflexions pouvaient être abordées dans Room, le choix a été de mettre en exergue la relation mère-fils pendant et après l’enfermement.

Jack, qui s’adapte petit à petit à son nouvel environnement, se voit prendre un rôle presque paternel avec sa mère. La souffrance de Ma, l’amène à tenter l’irréparable. Jack, qui semble avoir mûri deux fois plus vite dans sa cellule, comprend parfaitement malgré ses cinq ans ce qu’il se passe. Il sauvera une fois de plus sa maman grâce à ses mots et ses cheveux en guise d’offrande. La force de ce petit garçon dépasse l’entendement. Et lorsqu’il demande à sa mère de retourner voir la Room, ce sera encore une fois lui qui fera preuve de courage face au souvenir. Alors qu’il était presque nostalgique de cette chambre, il se rend compte finalement que la vie véritable réside ailleurs. Et que ce monde, dont il ne croyait pas l’existence, mérite d’être exploré davantage.

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Les deux acteurs crèvent l’écran. Brie Larson, couronnée à juste titre aux derniers Oscars, livre une performance de mère courage brisée avec justesse. Son abattement autant physique que moral nous crève le coeur. Mais la véritable révélation du film est Jacob Tremblay, qui du haut de ses sept ans, vole sans peine la vedette à l’ensemble de ses aînés. Jacob ne joue pas, il est Jack, de ses rires à ses pleurs, avec une maturité de jeu impressionnante. Nul doute que sa future carrière sera à suivre.

Plus qu’un récit biographique, cette histoire entre une maman et son fils, dont la relation fusionnelle permet tous les risques et espoirs, est le parfait symbole de la survie. La survie dans un environnement n’en offrant aucun (tient ça me rappelle quelque chose…), mais surtout l’amour véritable. Cet amour où chacun veille sur l’autre, et où chacun apprend à l’autre. Room, une chambre où l’on ne souhaiterait jamais être, mais dans laquelle on absorberait bien l’amour qui s’y trouve.

Autour du film :

  • Room est l’adaptation du livre d’Emma Conoghue au titre éponyme, qui s’inspire de l’affaire d’Elizabeth Fritzl ; emprisonnée et violentée pendant 24 ans par son père, elle donna naissance à 7 enfants.
  • Brie Larson a obtenu le Golden Globe et l’Oscar de la meilleure actrice pour sa performance dans Room.
  • Pour se préparer au rôle, Brie Larson a passé un mois recluse chez elle avec une alimentation restrictive, afin de s’approcher au mieux des conditions de vie de son personnage.
  • Le ravisseur, Sean Bridgers dans le film, a pour surnom « Old Nick », ce qui désigne tout simplement le diable dans une ancienne croyance chrétienne.

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