Ode à Kill Bill

Impossible pour moi de faire un blog sur le cinéma sans parler de Kill Bill, mon film de chevet et bien plus. Plus qu’un film, l’oeuvre de Tarantino aka Dieu, est le résultat d’un condensé d’idées fabuleuses réunies autour d’une histoire. Laissez-moi vous expliquer en quoi Kill Bill représente à mon sens la perfection cinématographique. Je me focalise davantage sur le Vol.1, inséparable du Vol.2 mais qui a une place bien plus profonde dans mon cœur.

Article garanti 0% spoilers et 0% objectivité.

Kill Bill, ou le DVD magique

J’ai toujours aimé le cinéma, comme je l’explique ici, les histoires filmiques m’ont toujours fascinée et absorbée. Des films, j’en ai mangé, beaucoup, et sous toutes leurs formes. Un soir, je décide de visionner Kill Bill, ce DVD suintant le sang et la violence ne me réjouissait que très peu, mais ma curiosité prit les devants. Après 1h50 d’hypnotisme absolu, le générique résonna telle une claque dans ma figure. Ce que je venais de voir ne ressemblait à rien de ce que j’avais déjà vu en 8 ans d’existence (non je déconne, j’en avais 10. Bon j’arrête, 15). Je vécus cela comme une renaissance cinéphile. Tous les codes étaient bousculés, et je suis tombée instantanément amoureuse de Quentin Tarantino, dont je ne connaissais rien du travail passé (la jeunesse, trop de violence, tout ça…). Kill Bill fut devenu une sorte d’habitude ; pas une semaine sans que je le visionne, je n’arrivais pas à en être rassasiée. Encore aujourd’hui, même après un nombre incalculable de visionnages, il s’agit d’un des rares films dont je n’arrive pas à me lasser. Mais alors pourquoi ? En voilà une question qu’elle est bonne !

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Une héroïne badass

Rare sont les films offrant autant de place et de puissance à une femme. Tarantino, ayant l’habitude de donner une belle part aux personnages féminins dans ses films, n’a pas dérogé à sa règle. Dans Kill Bill, sa muse Uma Thurman incarne une mariée, anciennement tueuse à gages sous le nom de Black Mamba, laissée pour morte dans une chapelle lors de son mariage. Ses anciens collègues se sont en effet invités à la fête pour la massacrer avec l’ensemble des convives. Ambiance. Après un long coma de quatre ans, elle décide de se venger et de les tuer un à un, pour finir en beauté par leur chef : Bill.

Son long périple sera évidemment semé d’embûches, mais vu qu’elle est trop balèze et sans scrupules, c’est elle la reine. Car en plus d’être plus courageuse que trois chats énervés réunis, c’est une prodige du katana. Cheveux dorés, combinaison jaune explosive et lame d’acier en main, elle détonne et inspire un grand sens du respect (car moi, je tombe dans les pommes quand je me coupe avec une feuille).

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Des personnages en supercolor

Si Kill Bill brille par la présence de la divine Uma, les membres du DIVA (Détachement International des Vipères Assassines) en ont eux aussi sous le coude. Tout d’abord, O-ren Ishii, sublime poupée japonaise (et il ne vaut mieux pas vexer ses origines…) dont les traits délicats cachent une violence pure. La séquence de combat final au katana, dans le jardin japonais sublimé par la neige, est sans nul doute un des plus beaux moments du film. Voire du monde entier.

Ensuite Elle Driver, le personnage le plus pervers du casting. Avec son cache-œil de pirate, cette grande blonde aux allures de sirène est en fait une vraie garce détestable. Daryl Hannah dans le rôle n’inspire rien d’autre que le dégoût et le mépris, elle excelle dans le rôle. Vernita Green, est peu mise en scène, c’est le risque lorsque l’on se trouve en première place de la liste de Black Mamba… Mais cette tigresse prouve qu’elle a de la ressource dans ce combat irréaliste dans son salon.

Puis, Budd, le cow-boy frustré perdu au fin fond du désert américain, reconverti en videur de boîte de nuit déserte. Son personnage apparaîtra réellement dans le Vol.2, où sa relation avec son frère Bill, et Elle Driver sera mis en exergue. Michael Madsen est naturellement excellent. A l’instar de Mr. Blonde dans Reservoir Dogs, le sadisme fait partie de son champ de compétences. Mais cette fois, l’amusement de tuer est remplacé par le désir de venger dans la perversité (non, je ne dirai rien de cette séquence à base de cercueil parfaitement maîtrisée…).

Puis, last but not least, Bill ! Présent uniquement 2 minutes par la voix et ses mains dans le Vol.1, il prend réellement vie dans le Vol.2 en occupant une place des plus importantes. David Carradine envoûtant et charismatique est impeccable. On oublierait presque lors de certaines scènes dans quel camp on se situe, tant notre empathie pour le personnage prend forme. Puis son aura de puissance perdra sa crédibilité lors de la mort de l’acteur en 2009, mais ça on en parle pas…

Là où le Vol.1 ne s’arrête pas et nous en met plein la vue, le Vol.2 prend plus son temps, et offre une profondeur à ses personnages. Enfin ceux qui restent…

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Un mélange des genres doté d’un univers visuel fort

Le thème de la vengeance a été maintes fois exploité au cinéma, Kill Bill n’a ainsi rien de révolutionnant en terme de scénario. Sauf que là où le film vaut son pesant de noix de cajou, c’est par son traitement. Film d’action, thriller, manga, série B, cartoon, tous les genres sont brassés. Et le tout sous forme de chapitres, pas tous dans l’ordre, à la Tarantino en somme. De quoi déconcerter, mais surtout étonner.

L’excès de violence pouvant en rebuter certains est tellement outrancier qu’on ne la ressent pas comme une agression visuelle. Mieux, elle est jouissive et décomplexée. Ces geysers de sang qui inondent l’écran donnent la sensation d’être devant un cartoon déluré. Lors de certaines séquences, le noir et blanc est même utilisé pour atténuer ce rouge vif corporel. Le passage en manga est une prouesse visuelle et auditive, bouleversant de réalisme et de violence brute, contrebalançant avec les scènes réelles. Visuellement le film est une véritable prouesse, tel un tableau ultra coloré et plein de vie. Kill Bill est ainsi un melting pot de styles, de couleurs et d’ambiances, procurant à nos yeux une jubilation rare.

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Une bande sonore explosive

C’est une énigme pour personne, Tarantino donne une place essentielle à la musique dans chacun de ses films. Connu aussi pour préférer sélectionner des chansons existantes plutôt que faire confiance à un compositeur, le réalisateur possède un vrai talent de créateur de playlists. Je vous conseille d’ailleurs de regarder sa leçon de cinéma à Cannes en 2008, il explique entre autres choses sa vision de la musique dans ses films.

Chaque morceau est choisi parfaitement pour accompagner l’image. Je suis toujours admirative, film après film, par son art de trouver LA chanson qui convient. Et là aussi on a droit à un cocktail de genres surprenant ; flamenco, pop japonaise, air asiatique et même de la flûte de pan (mon Dieu ce morceau !). Cette trame sonore donne une puissance incroyable au film, de celle qui reste très longtemps en mémoire.

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Kill Bill m’a tout de suite donné une vision du cinéma que j’ignorais, un art dont les limites peuvent être poussées toujours plus loin vers la création. Je suis évidemment entrée rapidement ensuite dans l’oeuvre de Tarantino, pour qui je continue de nourrir une admiration infinie. Le diptyque Kill Bill est pour moi un OVNI cinématographique qui se doit d’être vu. L’un n’allant pas sans l’autre, je me suis concentrée ici sur le Vol.1 pour qui j’ai une préférence évidente. Ce premier volume est un véritable hommage aux films de sabre et de kung-fu, tandis que la seconde partie est une gloire aux western.

Ce film je l’ai vu beaucoup trop de fois pour être compté, et je continuerai à le visionner tant que mon lecteur DVD l’acceptera. Il a contribué à l’épanouissement de mon expérience de cinéphile. Tarantino est Dieu et Kill Bill sa Bible. Voilà.

Autour du film

  • Tarantino a toujours relié ses films les uns aux autres. Dans le cas de Kill Bill, rappelez-vous dans Pulp Fction, lorsque Mia Wallace raconte à Vincent Vega, le pilote d’une série dans lequel elle a joué auprès de plusieurs femmes agents secrets. On retrouve ainsi « la blonde leader » (Elle Driver), « la japonaise maître de kung fu » (O-ren Ishii), « la noire spécialiste en explosion » (Vernita Green) ou encore « la française » (Sophie Fatale). Coïncidence vous croyez ? Les images valent mieux que les mots :

 

 

  • A l’origine, Quentin Tarantino souhaitait réaliser un seul et unique film. Puis au cours de l’écriture du scénario, il s’est rendu compte que la narration pourrait parfaitement se faire en deux parties distinctes.
  • Alors que le tournage était prêt à débuter, Uma Thurman tomba enceinte. Alors que la production propose de la remplacer par Patricia Arquette, impossible pour Tarantino d’imaginer son film sans sa muse. L’équipe attendit un an pour commencer à tourner, et en profita pour perfectionner la pré-production du film.
  • Le tournage de Kill Bill fut tourné en grande partie au sein du Beijing Film Studio, l’un des plus importants pôle de production en Chine.
  • Pour le Vol.2, Tarantino s’était imaginé incarner lui-même le sage Pei Mei. Mais au vu du travail impressionnant qu’il avait en tant que réalisateur, il renonça à l’idée et offrit le rôle à Gordon Liu. Personnellement j’ai du mal à voir Q.T avec une robe blanche et une longue moustache, mais soit…
  • L’ensemble des comédiens a dû subir un entraînement drastique pour se préparer au tournage ; arts martiaux, maniement du sabre et cours de japonais. Tarantino suivit ses comédiens dans l’exercice pour rendre ses mouvements plus précis lors des prises.
  • La scène dans le Vol.1 du combat d’Uma Thurman avec les 88 fous nécessita plus de huit semaines de tournage. Rigolo à savoir lorsque l’on pense que le tournage complet de Pulp Fiction dura dix semaines.
  • Samuel L. Jackson n’a pas été oublié par son éternel ami réalisateur ; il fait une apparition clin d’œil dans le rôle du joueur d’orgue lors du mariage dans l’église.
  • Pas loin de 500 litres de sang artificiel ont été utilisés pour le tournage du film.
  • Une version bien plus gore est sortie au Japon. Certaines scènes ont été rallongées, et les séquences en noir et blanc du montage initial furent transposées en couleur.

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