5 jours à La Havane

Aller à La Havane, c’est comme embarquer dans la DeLorean du Doc et faire un bond dans le temps. Intemporelle, cette ville hors du temps respire le dépaysement et la joie malgré une vie loin d’être rose pour ses habitants.

La Havane, ou initiation au voyage en solitaire

Sur un coup de tête, me voilà partie à Cuba pour quinze jours, seule avec mon sac à dos et mon guide à la main. Voyager seule, une expérience que je n’avais encore jamais oser faire, et Cuba était la destination idéale pour cela. Réputée pour être l’île la plus sécurisée des Caraïbes, j’ai pu m’envoler sans crainte.

A peine j’atterris à la Havane, qu’une chaleur particulière m’envoûte. L’humidité ambiante est brassée avec la population fourmillant autour de moi. Je suis vite accaparée par un taxi et me rends dans le centre-ville. Je loge à Casa Maura, casa particular tenue par une charmante dame qui m’accueille à bras ouverts. Pour loger à Cuba, il vaut mieux résider dans ces maisons d’hôtes plutôt que les hôtels. Pour le prix évidemment, mais surtout pour l’ambiance cubaine que vous ne trouverez pas ailleurs. On y dort aussi bien, et on peut en plus profiter d’une nourriture bien plus délicieuse que les buffets sans saveur des grands hôtels.

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Ce qui me frappe immédiatement lorsque je sors mes pieds dans les rues de La Havane, c’est son atmosphère irréelle, comme un songe que je vis éveillée. On se croirait dans une époque lointaine voire issue d’un autre monde. Ces vieilles voitures américaines, que l’on a rarement vu rouler, inondent ici chaque rue. Cadillac, Chevrolet ou encore Chrysler, toutes mythiques et colorées, détonnent dans le paysage. Un paysage urbain tellement riche et vivant que notre regard a du mal à capter un seul détail. A La Havane, en plus des voitures, les maisons sont teintées de couleurs vives, tel un tableau abstrait. Je marche, me perds dans les rues et suis fascinée par l’animation sans relâche. Dans la rue, les enfants à peine vêtus jouent avec un ballon, canette ou tout autre objet pouvant les amuser. Le sourire est tatoué sur leur visage, cette pauvreté perceptible n’est pas un frein à leur joie de vivre. C’est beau et hypnotisant à observer. Outre le centre-ville, la balade peut s’étendre jusqu’au Malecón, large chaussée de 8 kilomètres de long sur le front de mer.

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La musique, bien connue à Cuba, fait partie de la vie locale. Je me suis très rarement baladée dans un endroit sans la musique en guise d’accompagnement. Ces airs latins résonnent depuis les maisons, les bars, les lieux de visites, l’entrain permanent à la place du silence. Masquer sa peine grâce à la musique et la danse. Mais aussi grâce à la peinture, une multitude d’artistes arpentent les rues et exposent leurs œuvres, ou les cachent selon le degré d’originalité de celles-ci, le gouvernement étant toujours là pour utiliser sa censure.

Car malgré cet aspect enchanteur et ces jolies cartes postales, la réalité est toute autre et le régime cubain mène la vie dure à son peuple. Sous la dictature communiste depuis des années, la question de la non-liberté des cubains n’est absolument pas un mythe. Ayant pu passer plusieurs mois à Cuba à la suite de ce voyage, j’ai pu côtoyer de près la réalité cubaine (tiens j’en parle ici). Pour faire simple, puisqu’il y a tant à en dire, les cubains sont assignés à leur île. Impossible d’en partir à condition d’épouser un international ou de se voir inviter, chose pour le moins ardue à obtenir de l’Etat. Très peu de cubains ont pu voir ce qu’il se passait au-delà de leur île. La censure n’aidant pas non plus à éclaircir l’horizon, l’ensemble des médias sont contrôlés, même Internet. Leur vision du monde s’arrête là où le gouvernement pose ses limites, c’est à dire partout. Il suffit d’échanger quelques mots avec un résident pour comprendre que ce beau sourire affiché sur leur visage est une façade. Pas qu’ils soient tous malheureux, finalement ils se sont contentés de cet état depuis toujours, mais leur envie d’ailleurs, de juste voir le monde, est une routine quotidienne. On chante, on danse, on boit (taux d’alcoolisme  assez élevé) pour se sentir vivant.

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Avec un revenu moyen mensuel d’environ 15 euros, la richesse ne court pas les rues, à moins d’être dans les bons papiers de l’Etat. Comme dans beaucoup de pays pauvres, le tourisme est la clé pour s’enrichir. Non divulgués aux touristes, les prix sont clairement différents que vous soyez cubain ou étranger. Là où il faut faire attention, c’est lorsqu’un badaud vous accoste dans la rue. Toujours avec le sourire, il vient vous parler innocemment, engage une conversation amicale, puis vous vous retrouvez dans le bar de son cousin, ou n’importe quel autre endroit où vous avez le devoir de payer quelque chose. Difficile de communiquer dans les rues de La Havane sans se retrouver nez à nez avec une arnaque (tiens, ça me rappelle des choses). Encore une fois, c’est vraiment chez l’habitant que vous pourrez échanger et engager des discussions profondes et en apprendre plus sur Cuba.

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Le soir est le moment idéal pour s’imprégner de la culture cubaine. Au cœur de la vieille ville, des groupes de musiciens prennent position dans la plupart des restaurants et bars, pour aromatiser votre repas de notes festives. Allez ensuite boire un mojito à La bodeguita del medio, le bar typique de La Havane anciennement fréquenté par Ernest Hemingway, où l’ambiance cubaine bat son plein. Et pour finir la soirée, la salle du Tropicana est une curiosité à elle seule. Cette grande salle de spectacle, accueille des galas de danse, des défilés de mode ou toute autre démonstration artistique. Puis, la foule prend la piste de danse pour s’enivrer de salsa.

La Havane est une ville vraiment incroyable, où le temps semble avoir peu d’emprise sur les cubains. Urgents de profiter et de célébrer chaque journée, la difficulté de leur situation n’est pas un obstacle à ce trop-plein de vie. J’y suis allé à maintes reprises de 2013 à 2014, je serai curieuse de lire vos expériences depuis la levée de l’embargo américain. En espérant que leur ouverture sur le monde ne gâche en rien la beauté et l’authenticité de Cuba.

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