Full Metal Jacket

La plupart des films sur le Vietnam se concentre majoritairement sur sa guerre, beaucoup l’ont abordée, mais tous ont leur particularité propre. A l’instar du film culte de Coppola, Full Metal Jacket, chef d’oeuvre de Stanley Kubrick, fait partie des classiques sur le sujet.

Cet article contient évidemment des spoilers, si vous n’avez pas vu le film, allez plutôt faire un tour en scooter.

Full Metal Jacket, ou la fabrication d’une machine de guerre

Full Metal Jacket retrace la guerre du Vietnam à travers les yeux du marine américain J.T. Davis, nommé « Joker » par son instructeur. En deux parties bien distinctes, on suit son parcours dans le camp d’entraînement régi par le tyrannique sergent Hartman, puis son envol sur le terrain pour la sanglante offensive du Têt de 1968.

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Cette première partie, crue et cynique, expose le quotidien du protagoniste et de son groupe dans cette base d’entraînement. L’instructeur Hartman qui tient les rênes, leur mène la vie dure et n’a aucun scrupule à utiliser des méthodes discutables. Entre humiliation, exercices sans fin, ou harcèlement psychologique, on voit la volonté de fabriquer ces individus comme un unique groupe. Si Apocalypse Now met en exergue le pays, Kubrick met ici l’être humain au centre de son sujet. La dénonciation d’une forme de robotisation des soldats est évidente, l’homme comme unité à la place d’une personne à part entière. Les mettre tous dans un moule pour ne former qu’une machine de guerre vide de toute sensibilité face à l’horreur. Le parfait exemple est le personnage de « Baleine », bouc-émissaire du sergent et de ses camarades, à cause de son surpoids et de son esprit limité. A force d’avilissement et de violence, l’homme s’endurcit au point de ne faire qu’un avec son groupe. S’effacer pour rentrer dans les rangs de la normalisation de guerre. Mais cette pression trop lourde, emporte au fur et à mesure « Baleine » dans la folie, faisant de lui un être anéanti et incontrôlable. Dans cette scène d’une tension parfaitement maîtrisée, « Baleine » au regard fou abat Hartman avant de se donner la mort avec son fusil de soldat. La boucle est bouclée, fabriquez une machine vidée de sens, et vous mettez fin à l’homme.

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Born to kill…

La seconde partie fait une ellipse dans le temps, pour retrouver « Joker », affecté dans une unité de journalistes pour un reportage sur le terrain, à l’heure où l’offensive du Têt est à son paroxysme. Le héros, plus vraiment le même, est clairement changé par les épreuves vécues. Lors d’une attaque avec un tireur d’élite, « Joker » part sur le front, et nous avec. Loin du ton tragi-comique de la première partie, l’ambiance ici est plus grave. La guerre se ressent en première ligne. Comme des fantômes d’eux-mêmes, les soldats tuent tels des automates, les leçons du camp d’entraînement sont parfaitement appliquées, l’émotion est morte, juste tuer est la règle. Cette dernière scène de notre protagoniste se retrouvant nez à nez avec la jeune tireuse vietnamienne agonisante, est parfaite de beauté cruelle. Le suppliant de la finir, « Joker », toujours coiffé de son casque « Born to kill », est face à l’ironie de sa situation. Aboutir sa mission en tuant pour mettre fin à sa souffrance, ou partir ? De cette question, la véritable nature du personnage revient à la vie.

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Kubrick livre à travers Full Metal Jacket une vision et surtout une critique cinglante de la guerre. Celle du Vietnam est ici traitée, mais le réalisateur parle de toutes les guerres, sous toutes ses formes. Celles qui détruisent l’homme, les transformant en pion d’une société en quête de gloire. Comme à son habitude, le réalisateur, use de ses talents avec une bande son parfaite, et une maîtrise impressionnante. Connu comme le plus grand perfectionniste du cinéma, le sublime inonde chacune de ses scènes. Dans la première partie rien ne dépasse, l’univers est presque aseptisé, et la symétrie calculée de chaque plan à une image de contrôle assumé. Alors que dans la seconde la poussière et le sale s’imposent, là on est dans le vrai, l’horreur réelle, où chacun trouve sa propre réponse à la guerre.

Le formatage de l’humain n’est pas un sujet inédit pour Stanley Kubrick, il l’a évoqué avec génie dans Orange Mécanique. Quand ici un criminel se fait lobotomiser pour finir en être sous l’emprise de la société, dans Full Metal Jacket c’est l’humain qui se voit transformé en robot de guerre. Ces films, pour moi les deux meilleurs de son réalisateur, sont des réflexions plus intelligentes qu’on peut le croire sur l’humain. En ce qui concerne l’objet de guerre de Kubrick, il se doit d’être vu. Au-delà de la réalisation prodigieuse, il s’agit d’un point de vue passionnant sur la guerre du Vietnam. Alors si vous n’avez toujours pas eu l’occasion de le visionner, ne perdez plus de temps, et surtout venez me relater votre ressenti !

Autour du film 

  • Stanley Kubrick s’est tellement documenté pour la réalisation de son film, que l’ensemble des documents remplissait plus d’une cinquantaine de boîtes en carton.
  • Le titre du film fait référence à un type de munitions que la police et les armées utilisaient dans le monde entier. Ce seront d’ailleurs ces balles que « Baleine » utilise pour se suicider.
  • Ronald Lee Ermey, qui interprète le sergent Hartman, a exercé ce même métier dans les années 60. Initialement prévu pour donner la réplique aux comédiens durant le casting, il fut pris pour le rôle tellement il excellait, surtout dans l’improvisation d’insultes. Il collabora au scénario en écrivant 50% de son texte, en grande partie des insultes.
  • Pour incarner « Baleine », Vincent D’Onofio, prit 32 kilos.
  • L’armée américaine n’a pas voulu soutenir le film, pour cause de critique trop acerbe envers les militaires. Kubrick fut donc obligé de ruser pour avoir l’équipement nécessaire. Grâce à un de ses admirateurs, colonel de l’armée belge, quatre chars lui ont été prêtés.

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