Cambodge : Au pays du sang et du souvenir

L’histoire du Cambodge, riche de souffrance, est plus ou moins connue de tous. Les néophytes à ce sujet, comme moi, ignorent cependant le véritable passé du pays, pourtant pas si lointain.

Le Cambodge, la souffrance comme souvenir commun

Pour faire un bref rappel des faits, le génocide cambodgien est l’un des plus meurtriers de l’Histoire. Maintenant que j’ai mis une bonne ambiance, je vais détailler rapidement (mes talents d’historienne vous épargnent de faire plus). Pendant la guerre civile, le parti communiste, plus connu sous le nom de « Khmères rouges », s’oppose au gouvernement du Royaume du Cambodge, et  prend progressivement le contrôle du pays pour finir victorieux en avril 1975.

C’est à partir de ce jour, qu’un certain Pol Pot, décide de renvoyer les citadins à la campagne, pour finir par les exterminer un à un. Cette charmante personne, a une façon de penser assez basique ; pour être le seul intellectuel pouvant gouverner tranquille, il suffit de se débarrasser des autres. Plus de trois millions de personnes furent tuées en quatre ans, soit un peu moins de la moitié du Cambodge.

Ce rapide survol du Cambodge pour les nuls, est utile pour narrer ma journée difficile avec plus de fluidité.
cambodge killing fields

L’horreur devant nos yeux

A 17 kilomètres du centre de Phnom Penh, se trouve l’ancien camp génocidaire « Choeung Ek« , plus communément appelé « Killing Fields ». Ce camp était le principal lieu d’exécution des prisonniers des Khmères rouges. L’endroit a été complètement conservé pour en faire un mémorial essentiel. Je vous conseille de prendre l’audioguide, possible en français, afin d’avoir des explications et témoignages tout au long de la visite. Certains récits sont durs à entendre, mais c’est important pour comprendre ce qu’il s’y est passé.

Ce qui me frappe tout de suite, c’est la quiétude du lieu. Les arbres, le calme ambiant, donnent sur un lac agréable, mais les barbelés toujours présents ajoutent une lourdeur insupportable.

cambodge killing fields 2cambodge killing tree

Les charniers sont également préservés, n’importe qui peut venir s’y recueillir. On peut également voir le « Killing tree », l’arbre où les bébés étaient tués… Puisque Pol Pot avait une manière bien à lui pour éviter la vengeance des familles : les exterminer en totalité. Certains vêtements et crânes ont aussi été conservés.

Je ne vais pas détailler davantage, l’horreur sous mon nez et dans mes oreilles, me bouleverse. Je ressors d’ici le cœur serré de douleur, dans le questionnement perpétuel de l’homme et ses limites. Se projeter dans cette barbarie est pour moi insupportable.

Pour poursuivre ma quête de savoir sur le passé du Cambodge, je continue ma route vers la prison S21 de Phnom Penh.

Cellule 21

La prison ‘Tluol Seng » ou S21, est la plus connue parmi les 190 qui existaient au Cambodge. Elle est depuis 1980 transformée en musée. Ici aussi, prenez un audioguide, c’est quelques centimes de plus qui sont essentiels à la visite.

cambodge s21

Cet ancien lycée a été réaménagé pour incarcérer des supposés opposants au régime, tout âge, sexe, nationalité, profession, et surtout quelque soit le motif. Toujours dans la quête d’éliminer les intellectuels, le simple fait de porter des lunettes ou bien de posséder un crayon dans sa poche, était une preuve d’en faire partie. A S21 se pratiquait la torture en masse, chaque prisonnier se devait d’admettre un aveu, quel qu’en soit la nature. La plupart inventait n’importe quelle absurdité pour mettre fin, ou non, à ces rituels punitifs.

Je marche, casque sur mes oreilles et mains moites, de salle en salle. Un grand nombre d’archives y sont exposées ; photos, tableaux, objets de tortures, etc. De grands murs ornés de photos de prisonniers, à peine arrivés à la prison et au regard insouciant, rendent l’endroit encore plus réel. Certaines photos, sont difficilement soutenables à regarder. Tout comme les explications des tortures et du quotidien des résidents.

cambodge s21

Tout est resté en état. Des écritures sur les murs, des cellules semblant encore habitées, une atmosphère oppressante, rend la visite atrocement chargée d’émotion. Je me sens forcée de sortir par moments pour reprendre un brin d’air et me poser, tout ça me parait tellement irréel et impossible,alors que c’était il y a seulement 40 ans.

Cette journée éprouvante me marquera longtemps, je vois encore ces visages me regarder, et moi incapable de comprendre comment un être humain peut infliger de telles atrocités envers son égal.

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