Born to be wild

Le road-trip est un genre à part dans le cinéma, mais rare sont ceux qui mettent en lumière un seul vagabond muni de son sac à dos et de sa paire de pieds. Into the Wild réputé comme le pionner en la matière, a vu naître son récent outsider féminin : Wild. Un sujet, et pourtant deux films bien différents.

Evidemment cet article est rempli de spoilers, alors en attendant de voir ces deux films, faites une petite randonnée pour vous mettre en jambe !

Wild wild west

En 2008, Sean Penn a fait sensation avec son Into the Wild. L’histoire vraie de Christopher McCandless alias Alex Supertram (Emile Hirsch), qui après avoir obtenu son diplôme, plaque tout sans prévenir sa famille, pour partir seul dans l’Amérique sauvage avec comme unique but : l’Alaska. Écœuré par la société consumériste dans laquelle il vit depuis 22 ans, il est nourri par l’envie viscérale de communier avec la nature. Sans argent, ni téléphone ou tout autre artifice, son Pékin Express lui offrira des rencontres uniques qui vont façonner sa vision de la vie et de l’humain.

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Sept ans plus tard, Jean-Marc Vallée, propose sa version féminine avec Wild. Enfin, c’est que l’on aurait pu croire en voyant ce synopsis plus que ressemblant. Histoire vraie également, on suit le périple de Cheryl Strayed (Reese Witherspoon) décidant sur un coup de tête, de partir en solitaire pour parcourir 1 700 kilomètres sur la côte ouest américaine. A l’inverse de Christopher, c’est le besoin de se reconstruire et de dépasser ses limites qui la poussent à venir à bout de cette longue marche. En effet, après plusieurs années de perdition, d’addiction et d’échecs sentimentaux, Cheryl est également fraîchement orpheline de sa maman. Cette lourde valise émotionnelle qu’elle traîne aussi laborieusement que son sac à dos, va être le moteur de sa randonnée.

Reese Witherspoon as "Cheryl Strayed" in WILD. Photo Courtesy Fox Searchlight Pictures. Copyright © 20th Century Fox 2014.

La nature comme renaissance

Si ces deux films ont quelque chose en commun, c’est bien l’envie de se dépasser et de s’aérer de la société souvent néfaste et anxiogène. Dans Into the Wild, Christopher ne peut s’imaginer de vivre le chemin tout tracé par ses parents. Très peu intéressé par une carrière, son désir le plus profond réside dans les choses les plus simples : la nature et la liberté. Etre esclave d’un compte en banque et de diktats sociaux, très peu pour lui. Lors de la séquence où il se doit de retourner en ville, on ressent avec lui cette sensation d’oppression et de misère pour les pauvres vagabonds. Ici l’argent dirige la destinée, alors qu’en pleine nature, Christopher peut se permettre d’être lui-même sans aucune limite et rien dans les poches. Cette renaissance il l’inaugurera par le changement de son identité ; Christopher devient Alex Supertramp (vagabond en anglais, et non un des meilleurs groupes du monde). Le film, chapitré en quatre parties (enfance, adolescence, maturité et sagesse) livre cette idée de renaissance et d’apprentissage par la nature. Oublier son passé, ne pas tisser de liens, être indépendant et se sustenter de rien pour être heureux. Voilà le nouveau mantra de notre protagoniste.

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Avec Wild, cette volonté de renaître par la nature est clairement différente. Ici, non loin le souhait de communier avec la nature, on voit bien que Cheryl est clairement moins émerveillée par les plantes ou les insectes qu’Alex. Là, c’est le besoin de s’affranchir de souvenirs douloureux et de pousser ses limites au maximum qui alimente l’héroïne. Les trop nombreux flash-back du passé de la jeune femme insistent sur sa relation fusionnelle avec sa mère qui a pris fin. Un deuil qu’elle ne parvient pas à faire dans cette société où la drogue et les malheurs semblent être ses nouveaux alliés. Venir au bout de ces 1 700 kilomètres serait la conclusion de sa souffrance. Tout comme Alex, Cheryl rencontrera sur sa route un bon nombre de personnages hauts en couleurs, mais ayant une importance beaucoup moins forte que dans Into the Wild.

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Man VS Wild

Affronter la nature, s’adapter dans cet environnement vierge de tout homme, est ce qui lie les deux films. Alex, bien plus à l’aise, chasse, mange des plantes, et fait des petits boulots juste pour combler des besoins précis, comme un canoë ou un visa. Cheryl elle, a sa réserve d’argent, de nourriture, de livres, de casseroles, il ne lui manque plus que son barbecue pour être la parfaite aventurière. Après plusieurs kilomètres avec son sac à dos de trois tonnes, elle se rend à l’évidence qu’il faut se lester de la moitié. Confrontée au froid, à la soif, à l’isolement, Cheryl est seule avec les souvenirs de sa mère défunte. La nature lui permet d’affronter ses peurs primaires, et d’apprendre à accepter sa seule présence. S’aimer à nouveau et se retrouver une route, perdue depuis longtemps dans les méandres de sa vie. Mais elle ne sera que très rarement confrontée à l’abandon voire au danger.

Reese Witherspoon as "Cheryl Strayed" in WILD.

Alex va à l’inverse se retrouver véritablement pris au piège de cette nature qui lui a offert une seconde vie. Lorsqu’il réalise que la fonte des glaces l’empêche de rentrer chez lui, le héros prend réellement conscience que l’environnement a repris ses droits, mettant fin à sa liberté quotidienne. Seul, dans son Magic bus, et son estomac vide tentant de se sustenter se quelques plantes, la plupart venimeuses, Alex voit son destin se resserrer. Sa prise de conscience est d’une dureté bouleversante. La nature lui a offert une résurrection, la nature y met fin. Alex peut disparaître, avec comme signature à ses ultimes mots : « Christopher McCandless », son testament au monde.

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Une nature, deux films

Si le cheminement de l’homme est au cœur des deux films, la nature a évidemment le rôle principal. Mais là où Into the Wild propose une histoire au service de la nature, avec Wild ce sont les paysages qui se construisent autour de la narration. Et c’est bien cette divergence qui ramène mon cœur au plus près du film de Sean Penn. En effet, les allers-retours dans le passé de Cheryl vampirisent trop le film, et surtout l’infinité de la nature. Cette noirceur permanente laisse que très peu de place aux panoramas, étouffés par la présence du personnage. Les quelques plans de nature sont trop rares et surtout très peu sublimés. On aimerait ressentir cette seconde vie naissante de l’héroïne, se laisser transporter par la beauté des lieux, mais la caméra ne pousse pas assez loin vers l’horizon et ne prend pas le temps de filmer. Le passé extrêmement triste de Cheryl prend vraiment une place démesurée.

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Avec Into the Wild, la caméra sait se poser, et s’inhaler du décor extraordinaire présent durant 2h20. Alex est ébloui en permanence de ce qu’il voit, ce qu’il vit, et nous avec. Ses rencontres enrichissent son périple, et résonnent comme des parenthèses magiques dans son cheminement personnel. Ne souhaitant créer aucun lien, ses alliés de voyage pleurent systématiquement son départ, notre personnage bouleversant la vie de chacun. Beaucoup moins bavard que Wild, avec Sean Penn le silence s’écoute avec délectation quand il n’est pas interrompu par la splendide musique d’Eddie Vedder. Jean-Marc Vallée préfère donner une grande parole à ses personnages à la place de la nature, nous privant de toute sensation de dépaysement.

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Côté casting, si Reese Witherspoon joue très bien la femme déprimée en quête de rédemption, Emile Hirsch irradie chaque plan de par son aura positive. Et ce jusqu’au bout, sa mort il la vivra avec sourire, comme pour remercier son bourreau du cadeau qu’il lui a offert pendant deux ans. Au bout de son 1700ème kilomètre, Cheryl semblera pour la première fois épanouie, fini les échecs, sa victoire personnelle est l’espoir d’un futur qu’elle espère plus serein.

Vous l’aurez compris, Into the Wild est pour moi le grand gagnant. Nul besoin d’ajouter un passé torturé pour susciter de l’émotion, les simples rencontres, les plans incroyables, la musique sublime et cette fin nous bouleversent. Le genre de film qui reste en nous longtemps, empêchant de taire notre soif d’évasion.

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Et vous, de quelle team êtes-vous ?
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Christopher McCAndless, the real one

 

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Cheryl Strayed, la vraie badass

Autour des films

  • Eddie Vedder, le formidable compositeur a été récompensé aux Golden Globes 2008 pour la meilleure chanson de film.
  • Emile Hirsch a perdu près de 20 kilos pour incarner au mieux le rôle de Christopher McCandless.
  • Difficile de voir un autre acteur dans la peau de Christopher, et pourtant… Rien que Leonardo Dicaprio fut envisagé en premier lieu pour le rôle principal.
  • Into the Wild fut tourné exclusivement en décors naturels. L’équipe du film a ainsi fait plusieurs voyages en Alaska pour filmer au gré des saisons.
  • Dans Wild, la randonnée « Pacific Crest Trail » qu’effectue l’héroïne est le sentier le plus long, le plus difficile et le plus sauvage d’Amérique. Néanmoins, si quelques scènes ont bien été tournées sur ce sentier, la plupart furent tournées en Oregon.
  • Pour rendre son personnage le plus crédible possible, Reese Witherspoon s’est fait reproduire provisoirement l’intégralité des tatouages de Cheryl par l’artiste qui avait réalisé ceux de la jeune femme 20 ans plus tôt.

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