(1)27 heures à Colca

Au Nord d’Arequipa, le Canyon de Colca se distingue par sa profondeur de 3 500 mètres, le classant au rang de second canyon le plus profond au monde. Gigantesque de beauté, on peut y admirer les condors en plein vol et y faire des treks.

Direction le canyon

Pour se rendre au canyon de Colca, vous pouvez y aller par vos soins ou grâce à une agence. Je souhaitais initialement le faire seule (fuir les touristes, ma passion), mais je me suis vite rendu compte de la difficulté de la chose. Colca est très grand, sans guide on peut aisément s’y perdre. De plus, les moyens de locomotion à destination du canyon reviennent plus cher en solitaire. Je me suis donc résignée à l’idée, et je décide de passer par une agence. Là-aussi, la tâche peut s’avérer complexe vu la quantité d’offices présents dans les rues d’Arequipa. Après une longue recherche, je suis tombée sur la perle : Pablo Tour. Un peu plus cher que ses concurrents, l’agence propose un circuit se faisant dans le sens contraire de la majorité des groupes. Et, le groupe est au maximum de 6 personnes, donc adieu colonie de vacances de 15 personnes hurlant à travers la montagne.

Je me lève à 3h du matin (oui, moi aussi ça m’a fait un choc), pour prendre le petit bus vers Chivay. Arrivée, je m’arrête avec l’ensemble des futurs randonneurs de mon bus pour prendre le petit déjeuner. Puis, on reprend tous la route pour se rendre sur le mirador Cruz del Condor. Là évidemment, la foule est présente avec ses jumelles et appareils photos. J’attends dans le froid, jusqu’à ce que de majestueux condors déchirent le ciel pour m’offrir un spectacle hypnotisant. Leurs ailes infinies font planer l’oiseau au-dessus de moi, avec délicatesse et magie. Le décor somptueux du canyon en arrière-plan rend le tableau parfait.

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La randonneuse de Colca

Je reprends le bus, qui me dépose à Cabanaconde, point de départ de la randonnée. Et là surprise, Mr.Panda et moi sommes les seuls à descendre avec notre guide. Nous serons donc seulement deux, sans touristes, nous n’imaginions pas avoir une chance si belle. Le guide est d’une gentillesse extrême, parle bien l’anglais, et sait se montrer explicatif et discret. Le trek de Colca commence avec pour planning de la journée : descente de la montagne vers l’oasis Sangalle, puis remontée vers le village de San Juan pour passer la nuit. La descente est agréable, je cavale entre les pierres et la terre, tout en admirant le paysage sublime. Pour ma toute première véritable randonnée, je ne pouvais pas rêver mieux comme environnement. Après 3 bonnes heures de descente, j’arrive dans l’oasis où un déjeuner est prévu, ainsi qu’une large pause pour profiter de la piscine et souffler un coup.

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Les pieds et le corps s’étant reposés un peu, nous repartons. Si la descente était plaisante, la remontée se révèle être une histoire plus compliquée. L’important dénivelé de la montagne ne m’épargne aucune peine, et je sens mon corps en désaccord total avec mon esprit rempli de volonté. Arrivée en haut, je ne suis pas peu fière de ma personne, et observe avec satisfaction le chemin parcouru depuis l’oasis, qui n’est devenu qu’une tache bleue. Je poursuis ma route avec mes deux camarades de marche jusqu’à San Juan. Nous traversons une légère pluie qui nous offre la superbe opportunité de vêtir nos ponchos absolument grotesque. En plein canyon, seuls les condors peuvent se payer nos têtes.

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En fin d’après-midi, nous arrivons ENFIN à San Juan. On ne peut plus typique, le lodge possède quelques bungalows, sans électricité. Depuis ma chambre, j’observe avec fascination le paysage s’offrant à ma fenêtre. Après une douche ô combien méritée, je me fais servir à dîner dans l’obscurité totale avec seulement quelques bougies pour éclairer mon assiette. A bout de fatigue, je m’endors rapidement dans le noir et le silence le plus total.

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Une remontée ardue

Le réveil de 4h me rappelle que ma randonnée n’est pas finie et que je dois remettre ça. Je me lève laborieusement, enfile ma tenue de combat et tente, non sans mal, de me motiver pour la suite. Avec ma mini lampe logée sur mon front, je commence l’expédition. Il fait froid et humide, le jeu étant de ne pas glisser pour se retrouvez nez à nez avec un caillou. Je dois remonter toute la montagne, soit plus de 1 000 mètres de dénivelé. Bon, c’est le moment des confessions douloureuses. Pendant mon séjour, j’ai eu la chance d’avoir cette charmante maladie connue sous le doux nom de turista. Et pendant ce trek, j’étais à l’apogée du virus. Lors de cette remontée, des crampes d’estomac me faisant pleurer de douleur m’arrêtaient tous les 50 mètres. Tout mon intérieur était contre moi, seul mon acharnement à y arriver me tenait. C’était dur, enfin si on peut dire, bon STOP ! La chose étant dite, merci de bien vouloir vous montrer solidaires, toutes offrandes d’admiration envers ma personne et ma dignité seront agréablement recueillies. Merci.

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Après 4 longues heures de marche, nous parvenons enfin tous les trois en haut. Ce n’est pas encore fini, mais cette allégorie de l’enfer elle, prend fin. On se dirige vers Cabanaconde pour prendre le petit déjeuner, complètement vidé d’énergie. Le thé chaud et les œufs frais me font renaître. A la suite de ce moment salvateur, je retourne vers le bus où je retrouve mes comparses de la veille. Sur la route nous ramenant vers Arequipa, on s’arrête au eaux thermales de Chivay. L’eau brûlante accueille mon corps meurtri avec un plaisir non dissimulé. Ce long moment de relaxation est un cadeau. Je retourne dans le bus, où celui-ci monte jusqu’à 5 000 mètres et slalome entre les gros flocons de neige nous tombant dessus. Je suis émerveillée.

canyon-colca

Ces plus de trente heures physiques de trek à Colca furent une expérience de dépassement de soi unique. Marcher dans la beauté stupéfiante du canyon reste un souvenir magnifique. Paradoxalement ce fut aussi un atroce souvenir pour moi, de par ma maladie, je n’ai pas pu en profiter la deuxième journée. Mais j’ose proclamer ma fierté à mon égard, je me suis surprise à accomplir ce que je n’aurai jamais pensé pouvoir atteindre. J’ai pu tester mes limites et les repousser, et rien que pour ça, je ne peux que conseiller ce périple.

Je l’ai fait en deux jours, mais il est aussi possible de le faire en trois, si vous souhaitez prendre davantage de temps.

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